Tu étais là, allongé dans ta petite chambre. Tu étais torse nu, une main sous ta tête s'enfonçant dans le coussin. L'autre tenant une cigarette, comme toujours. Tu venais d'acheter son album, ses chansons, sa voix. Personne ne devait te déranger, de toute manière tu n'avais plus vraiment de contact avec ta famille. Un "bonjour" était un mot devenu amer au fil des jours. Il faisait gris et pluvieux, comme d'habitude. Tu avais allumé alors ta cigarette avec une allumette, juste après avoir allumé sur play pour pouvoir l'écouter. La première bouffée fut orgasmique et tu pris plaisir à te déconnecter en fermant les yeux. Tes pieds bougeaient légèrement au rythme de la batterie. Après avoir fixé quelques secondes le plafond, le regard dans le vague, tu te levas. Tu écrasas ta cigarette et tu te dirigeas vers ton miroir. Une main s'appuyant sur le mur, l'autre sur ton menton. Tu regardas ton visage, puis tu soufflas sur le miroir pour faire apparaître de la buée et y écrire " Shadowland ". Tu poussas ensuite ton corps en arrière à l'aide de ta main posée alors sur le mûr et tu as commencé à bouger, les mains en l'air puis sur les hanches. Tu étais drôle et en même temps tu étais irrémédiablement classe, comme toujours. Après une minute de frénésie, tu t'assis par terre, le dos en appuis sur le côté du lit. Tu l'écoutais. C'était bien là, le seul moment où tu répondais de toi. Normalement tu étais divisé en deux. Lorsque tu étais chez toi, tu étais un garçon rêveur, déçu par l'attente de ce qui ne venait pas. Tu passais beaucoup de temps à écrire et réfléchir sur la condition des hommes dans le monde. Tu aimais te poser des questions sur ta perception des choses, tu appréciais observer tout au long de la journée et écrire ce que tu ressentais. Tu n'en disais rien, tu savais que de toute façon nous sommes toujours seuls quoi que nous fassions. Au contraire, lorsque tu sortais, tu avais le menton haut et l'air supérieur, tu passais ton temps à boire et rire à des blagues vaseuses et dire à voix haute le contraire de ce que ton esprit aurait écrit sur une feuille. Pourtant, un détail trompait. Tu avais les mains qui tremblaient aux fonds de tes poches. Toutes les filles étaient dingue de toi. Ta voix écorchée et ton style de rockeur bourgeois. Ta peau extrêmement blanche et ton sourire délicat. La plupart d'entre elles pensaient que tu étais un homme dont le nombre de conquêtes dépassaient les deux chiffres. Elles avaient tord, mais ça t'amusais de jouer à quelqu'un que tu n'étais pas. Ce que tu ne savais pas c'est que ce jeu faisait mal et qu'il te menait à ta perte. Aujourd'hui tu l'écoutais parce qu'elle était bien là, la seule personne à être bonne pour toi. Seul dans l'océan, elle était la seule que tu pouvais toucher à distance. Elle disait : Dans n'importe quel espace temps, tu es miens. Sous n'importe quel déguisement, tu es miens. Un jour tu me demanderas quelle est ma couleur préférée, je dirais, bleu comme tes yeux, bleus comme tes yeux. Une nuit, je sais, tu voudras me revoir danser et je bougerai sensuellement les hanches, je bougerai les hanches. A n'importe quel moment, je serais tienne. Tu le sais. N'attends pas que nous nous perdions dans le monde des ombres. Je veux faire de toi, pauvre garçon, mon amour. Pour toujours, pour toujours... Et tu l'écoutais en boucle, en boucle. Et dehors en marchant dans la rue, inscrit Hate sur ta veste en cuir, quelle ironie, tu l'écoutais en boucle, en boucle. Et tu savais que la trouverais. Cette moitié, qui ferait de vous deux, une et même âme. Quelqu'un qui verrait, ce que d'autres ne voyent pas. Simplement que tu n'es pas comme les autres.